Chapitre 9
Il est l'heure mon chéri, réveille toi !
Zoras s'éveilla dans cette chambre inconnue, après avoir rapidement analysé l'environnement sombre, devinant partiellement les meubles de la pièce, il se tourna sur le côté, un visage dénoué d'émotion. Il se contentait de fixer le vide dans une attitude inébranlable, il s'emmitouflait dans la couverture, espérant la chaleur non remplaçable d'une mère. Les larmes ne venaient plus, et d'ailleurs, Zoras était incapable de se rappeler comment il avait réussit à trouver le sommeil. Il se sentait vidé, ramolli... Les muscles de son corps incapables de bouger. Au fond de lui, l'enfant ne souhaitait pas quitter ce lit chaud, se lever pour commencer cette journée qui ne sera plus comme les autres. Il aimerait tant avoir cauchemardé, oui c'est ça un cauchemar... ça n'est pas arrivé... il n'a rien vu.
Zoras s'isola dans le souvenir agréable du visage de sa mère lorsqu'il l'avait embrassé lors de ce dernier instant.
Au revoir Maman... c'est dommage que tu ne viennes pas...
Il y aura d'autres fois Zoras...
Il serrait à présent de ses petites mains le bord de la couverture, les doigts crispés par cette peur qui montait, le noir de la pièce vint maintenant l'oppressé... il n'était pas chez lui, il n'était pas dans sa chambre... mais où était donc ce lieu qu'il avait connu ? L'enfant ferma ses yeux, ridant de plis le bord de ceux-ci, il murmurait à répétitions, le visage à moité sur le coussin, ce mot simple significatif d'un appel à l'aide.
''Maman... maman... maman... maman... maman...''
Mais elle ne viendra plus le rassurer...
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Les lueurs matinales vinrent péniblement tirer Lenne de son sommeil. Elle se retrouva coincée dans la couverture, bien calée dans le fond du dossier. Son bras sur le torse du musicien, se leva dans en-fourmillement qui la paralysait désagréablement. L'agitation de la jeune femme vint perturber Shuyin, qui s'éveilla à son tour lentement dans un bâillement faible. Il découvrit face à lui le visage souriant de Lenne. Le pianiste prit le temps d'examiner comme pour la première fois ce doux regard.
''Coucou...'' fit-elle avant d'embrasser le jeune homme ''Coucou...'' répondit-il avant de poursuivre ''Je n'aurai jamais imaginé voir plus belle vue que toi !'' ces paroles accompagnées par une tendre caresse dans la crinière emmêlées de sa compagne. Lenne laissa planer un long silence en fixant de ses yeux marrons le pianiste. Il souriait de nouveau...
''C'est étrange...'' s'exclama Shuyin en plaquant son front sur celui de la jeune femme ''Je me suis toujours reproché de vivre dans un rêve...''
''Tiens... Aurais tu peur de rêver ?'' questionna la chanteuse d'une voix amusée.
''Peut-être...'' Shuyin dégagea son bras de sous la couverture pour le positionner sur le ventre de Lenne ''mais j'ai été stupide...'' Lenne lui fit part d'une petite mimique avant de le laisser continuer ''J'avais tort de craindre les rêves car je me rends compte ce matin que je suis en train d'en vivre un...''
Le pianiste ramena la jeune femme contre lui dans une étreinte passionnelle ''Zoras avait raison... qu'y a t'il de mal à rêver...'' Réalisant par ces paroles, le souvenir de l'enfant, Shuyin redevint cet homme mélancolique de la vieille, il déglutit avec une légère grimace. Lenne ne put trouver de suite les mots, et d'ailleurs que pouvait-elle dire ? Cette haine contre sa ville mais également contre Zanarkand, elle l'éprouvait aussi. L'imbécillité des deux gouvernements... leur quête du pouvoir ayant poussée la mort à intervenir et détruire des familles entières, n'ont qu'engrangés cette ranc½ur qui pressait comme un poids dans sa cage thoracique.
''On va devoir aller de l'avant Shuyin... il le faut... !'' elle se redressa et appuya sa main sur sa joue ''Je ne sais pas ce que nous réserve la vie, mais je veux poursuivre à tes côtés... je n'aurais pas peur si je t'ai près de moi... Zoras non plus... !''
La déclaration de la jeune femme vint le déstabiliser un moment, Lenne était si optimiste, une vraie battante, malgré la peur et l'appréhension elle restait maître de son destin, en tout cas elle voulait s'efforcer à le croire. C'est sans doute de cela dont il aurait besoin... Le musicien la regarda quelques secondes ''Alors tu es prête à continuer quoiqu'il arrive ?''
''Quoiqu'il arrive...'' répéta la chanteuse en rendant ce regard plein de confiance. Elle se pencha ensuite brusquement sur le musicien, ce dernier étouffé par le corps nu de Lenne qui essayait de rassembler avec peine les vêtements éparpillés sur le sol. Une fois saisit, elle les jeta en riant sur la face de son compagnon ''Je crois que ça t'appartient...''
''Je crois aussi... mais attend...'' Le musicien se souleva du divan en passant sa main le long de la surface, il en extirpa un haut froissé pour le présenter de deux doigts à la chanteuse ''Heu... ça par contre ce n'est pas à moi !''
Lenne partie d'un fou rire en essayant d'attraper le linge que Shuyin s'évertuait à distancer ''Donne ! Shuyin allez !'' elle essaya de l'avoir par surprise en se projetant brutalement sur lui ''Raté'' il s'ensuivit d'un rire.
''Bon d'accord...'' Lenne esquissa d'un air narquois une grimace significative d'un mauvais coup. Elle tira brusquement la couverture pour l'enrouler autour d'elle
''hé !'' s'exclama Shuyin en se retrouvant à découvert.
''Prends pas froid chéri...'' Lenne sauta du divan et adopta le pas de course, la couverture telle une thrène qui suivait derrière ''Tant mieux j'aurais la salle de bain pour moi toute seule...'' annonça t'elle avec ironie.
''Non mais attend...'' il s'enroula rapidement ses vêtements contre lui pour essayer de la rejoindre mais il se vit fermer la porte au nez.
''Trop tard !'' Articula Lenne, une voix moqueuse.
Shuyin souffla de résignation en entendant l'eau du bain couler. Il se résolu à enfiler ses vêtements. Pendant son affaire il provoqua une dernière fois la jeune femme ''Ouais... mais à deux ça aurait été mieux...'' le jeune homme entendit Lenne ricaner avant de rétorquer ''tu veux te rendre utile ?''
''Qu'est ce que tu crois...'' se moqua Shuyin en enfilant maintenant sa chemise quadrillée d'une façon débraillée.
''Va donc préparer quelque chose à manger le cuistot !''
''Ah ça...'' Shuyin afficha clairement sa déception en haussant dramatiquement les épaules.
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Tandis qu'il faisait chauffer des ½ufs au plat, le pianiste jeta un ½il à la pendule suspendue juste au dessus de lui et remarqua les dix heures et demi passées. Il jeta ensuite un regard au couloir menant dans un virage gauche à la chambre de Lenne. Zoras ne pouvait pas dormir aussi longtemps... Shuyin hésita un instant à aller voir le garçon, se sentant incapable d'affronter de nouveau sa tristesse.
Se sentir impuissant est s'en doute la pire culpabilité, une torture perpétuelle dont on ne peut se défaire, savoir contre tout que les choses sont comme elles sont et qu'elles ne changeront pas. Au fond de lui Shuyin réprimait l'envie de faire les pas en direction de cette chambre... forcé Zoras à se lever, le forcer à vivre la réalité...
C'est tout ce qu'on est censé faire, se forcer à vivre.
Il se mordit les lèvres en baissant parfois le regard... devait-il y aller, ne devait t'il pas... Il a besoin de toi idiot... qu'est ce que tu attends, se réprimanda le musicien alors qu'il se dirigeait enfin d'un pas prompt vers la chambrée.
A suivre...